vendredi 28 avril 2017 | By: Mickaelus

Macron contre Le Pen : orléanisme contre bonapartisme ?

Alors que les candidats du second tour de l’élection présidentielle de 2017 sont connus depuis quelques jours désormais, il convient sans doute de s’interroger un peu sur un résultat qui, s’il avait été prévu voire entretenu et espéré par les sondeurs et les journalistes par anticipation d’un « front républicain » commode – au bénéfice de qui, telle était l’inconnue –, n’en demeure pas moins un changement apparent du fait de l’élimination des représentants des deux partis qui ont gouverné la France successivement sous la Ve République, c’est-à-dire le Parti socialiste et les Républicains – anciennement UMP et RPR/UDF. 

S’il ne s’agit que d’un changement de façade à mes yeux, c’est d’abord parce qu’Emmanuel Macron était tout autant le candidat du Parti socialiste que Benoît Hamon, quoique promu par une voie différente et plus occulte, et parce que le parti de Marine Le Pen, que l’on parle du Front national ou d’un hypothétique Rassemblement bleu Marine post-présidentielles plus large, tend de plus en plus à incarner la droite républicaine telle qu’elle existait jadis, quand les Républicains, eux, penchent de manière assez évidente au centre ou au centre-droit selon les cas, le RPR ayant été absorbé par l’UDF et non l’inverse.

S’il doit y avoir un véritable bouleversement politique à l’occasion de cette élection présidentielle, c’est bien plutôt par un jeu de recomposition qui n’est en vérité qu’une clarification assez nécessaire : en ne soutenant pas Benoît Hamon, toute une frange du Parti socialiste a soutenu Macron ne serait-ce que par un silence significatif dans le meilleur des cas ; en appelant à voter pour le même Macron au second tour de l’élection, presque tous les représentants historiques des Républicains, de François Fillon à Alain Juppé en passant par Nicolas Sarkozy, ont prouvé que l’opposition entre centre-gauche et centre-droit n’avait bel et bien été que du cinéma pendant des années. Au vain spectacle d’illusionniste de l’opposition gauche-droite, simulacre advenant sous le regard bienveillant de l’Union européenne aux commandes, doit succéder une confrontation plus vive car plus réelle entre les tenants de la mondialisation d’un côté, et ceux des états nations de l’autre, à cela s’ajoutant une mise en question des élites politiques et de leur rôle.

Bien que le royalisme ni, plus précisément, le légitimisme ne soient naturellement pas concernés par une telle élection présidentielle, une connaissance correcte de l’histoire de France ainsi qu’un regard plus exigeant sur les institutions et leurs conséquences pourraient permettre d’y voir un peu plus clair dans l’émergence de ce clivage qui couvait, en vérité, depuis Maastricht et qui ne pouvait que s’imposer de plus en plus depuis le referendum sur la constitution européenne de 2005, organisé sous Jacques Chirac, et son reniement effectué par voie parlementaire à travers le Traité de Lisbonne, sous Nicolas Sarkozy. Car si l’on peine à définir un thème véritablement prédominant dans cette campagne présidentielle au niveau médiocre, symbole indubitable de notre triste époque parmi tant d’autres, on peut tout de même estimer que c’est l’opposition entre mondialisation et souveraineté qui est la plus parlante, et par laquelle on peut regrouper d’autres thématiques. Alors, certes, ce n’est hélas pas de souveraineté royale dont il est question, la seule véritable et opérante sans laquelle ce débat ne serait pas pertinent de la même façon, mais plutôt de la question d’une indépendance plus ou moins relative, garantie par le chef de l’Etat d’un régime contestable autant par son histoire que par sa forme.

Justement, les candidatures de Benoît Hamon et surtout de Jean-Luc Mélenchon encourageaient à s’interroger sur le rôle du président par rapport à leur idée de VIe République, mais qui se contentait de proposer, pour aller vite, un rééquilibrage interne entre les pouvoirs du président et du parlement, même si Mélenchon prévoyait un débat potentiellement plus musclé avec l’Union européenne, qu’il n’avait pu l’être avec ses anciens collègues socialistes libéraux. Mais de fait, si parmi les onze candidats du premier tour beaucoup avaient des réserves sur l’exercice du pouvoir libéral de l’UE, seulement trois d’entre eux portaient ces réserves à partir de questions de principe, ainsi François Asselineau, Nicolas Dupont Aignan et Marine Le Pen. A côté d’eux, Emmanuel Macron, rejoint « en marche » par François Bayrou, partisan déclaré et de longue date d’une Europe fédérale et donc de la fin de la nation française telle que définie actuellement, apparaît comme le candidat le plus compatible – sans doute plus encore que ne l’était François Fillon qui pouvait laisser entendre quelques fausses notes en politique étrangère par rapport à la doxa de l’UE –, avec l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui, et telle qu’elle entend se renforcer demain.

Mais d’où vient donc cet Emmanuel Macron et que représente-t-il vraiment, relativement aux vieux courants historiques dont l’analyse peut intéresser des royalistes mais aussi les amateurs d’histoire et de philosophie politique ? Qu’il ait été banquier d’affaire, qu’il ait fait, paraît-il, quelques études de philosophie, qu’il ait été conseiller à l’Élysée et ministre de l’économie, ne nous en révèle sans doute pas autant, au final, que les soutiens qu’il peut afficher ou que les discours et les déclarations qu’il peut faire ou pas : le candidat en paroles prévaut forcément sur une biographie banale, alors que les hommes politiques ne forgent plus leur caractère au creuset de l’histoire. « En marche » n’en est pas moins une vraie réussite politique, étonnante même, d’un point de vue purement formel, mais l’éclat de la forme ne saurait dissimuler le vide d’un projet politique qui ne vise, finalement, qu’à conforter tous les dogmes du politiquement correct, en tentant de faire accroire que la nouveauté des visages et des formules partisanes allait nécessairement présupposer celle de la politique mise en œuvre ultérieurement. Pour ma part, avec son ancrage dans le milieu des affaires, le soutien des journalistes et du show-business, celui, surtout, de tous les libéraux des partis centristes, le candidat Macron m’a tout l’air sorti du XIXe siècle, du milieu orléaniste et de ce que l’on appelait alors la gauche dynastique. Alors, s’il n’y a plus de roi bourgeois à la Louis-Philippe, comme avait feint de le déplorer Emmanuel Macron dans un article qui avait fait sensation à l’époque, demeure toujours la grande bourgeoisie et autres affairistes qui sont aujourd’hui les véritables souverains à travers les multinationales, l’Union européenne, tout ce système mondialiste qui vise à faire de l’argent la référence absolue et sans rivale aucune de l’activité comme de la vie humaines. Quand il se pose comme le candidat patriote contre le nationalisme prétendu de son adversaire, il dévoie le sens du mot patriotisme, en faisant comme si une politique économique a priori efficace et bénéficiant aux Français, devait régler tout questionnement sur l’indépendance de la France ; mais comment se prétendre patriote si la patrie n’est plus ou qu’elle n’est plus qu’une province européenne, et comment ne pas poser seulement l’hypothèse que l’on puisse préférer l’indépendance, quitte à faire quelques sacrifices financiers ? Le candidat Macron n’hésite pas à détourner le sens des mots et de l’histoire, y compris quand il reprend ce classique du Parti socialiste : « le nationalisme, c’est la guerre. »  Ainsi donc, il serait philosophiquement certain que le rétablissement des frontières, d’une monnaie souveraine, d’un certain patriotisme économique intelligent et un arrêt plus que vital de l’immigration, engendreraient une guerre avec nos voisins européens ? On a peine à suivre un raisonnement aussi grossier, sauf à y voir un chantage éhonté qui consiste à peu près en ceci : « Français, soit vous renoncez à jamais à toute idée d’indépendance et vous vivrez tranquilles, soit vous vous accrochez à l’idée d’état nation et vous succomberez rapidement aux dix plaies d’Egypte. » Il existe pourtant encore en Europe quelques pays qui ont conservé leurs frontières et leur monnaie, et ils n’ont pas sombré comme l’Atlantide sous le coup de quelque châtiment divin… Mais outre ce jeu sur la peur qu’il faut remarquer, il faut encore accuser Emmanuel Macron d’être celui qui promeut véritablement la guerre par sa conception, ou plutôt la conception qu’il n’a pas de la France. Je me souviens en effet qu’il y a dix ans déjà, Philippe de Villiers, alors qu’il était encore engagé en politique, avait coutume de déclarer qu’une société multi-culturelle était une société multi-conflictuelle. La guerre qui se prépare, bien malheureusement, dans les sociétés occidentales déchristianisées, n’est pas une guerre de nations contre nations comme jadis, mais une guerre de communautés contre communautés, politiques, ethniques et religieuses.

Ainsi, si le candidat de la grande bourgeoisie orléaniste Emmanuel Macron est celui du règne de l’argent tout-puissant et sans frontières, avec des capitaux qui circulent aussi bien que des foules de migrants bariolées, celui également d’un territoire de France où les cultures vont et viennent sans que l’on puisse les hiérarchiser historiquement, puisque d’après lui il n’existe pas de culture française mais divers cours d’eau qui abreuvent le grand fleuve mondial, Marine Le Pen fait de son côté une campagne « au nom du peuple », avec ce slogan qui ne manque pas de rappeler la maxime bonapartiste : « pour le peuple et par le peuple. » C’est que là où Macron est le serviteur et l’instrument d’une oligarchie mondialiste pour laquelle la France n’est qu’un marché parmi d’autres, Le Pen s’efforce de reprendre le combat souverainiste qui était celui de Villiers il y a dix ans, en proposant la reconquête de certains attributs régaliens dont l’état républicain s’est vu déposséder progressivement, ainsi la maîtrise du territoire national avec des frontières ou encore l’attribution d’une monnaie française. S’agissant de la volonté de rendre à l’état sa puissance politique par un retour de souveraineté, on ne peut lui donner tort si l’on se souvient de l’adage selon lequel le roi de France est empereur en son royaume, l’empire de l’époque opportunément vaincu par Philippe Auguste à Bouvines étant le saint Empire romain germanique, lointain ancêtre de l’Allemagne. Quand Emmanuel Macron se rend en Algérie pour accuser la France de crime contre l’humanité au sujet de la colonisation, il n’est pourtant aucunement gêné, aux côtés de son allié François Bayrou, par le fait de sacrifier l’indépendance et les intérêts de son pays à la colonisation des instances de l’Union européenne et de l’Allemagne à travers elles. En vérité, les collaborateurs, puisque Macron semble reprendre volontiers l’assimilation outrancière de toute idée d’indépendance d’un pays au fascisme et au nazisme, se situent bien plutôt du côté de ceux qui sacrifient la souveraineté et la liberté de leur pays, comme on l’a vu trop souvent dans notre histoire et dès la Guerre de cent ans. La méthode de Marine Le Pen pour espérer raviver cette indépendance, comme cela pouvait être le cas pour Philippe de Villiers mais de manière encore plus symptomatique, souffre toutefois nécessairement de la conception républicaine du pouvoir et de la souveraineté. Non seulement elle devra, si elle est élue, composer avec un corps législatif incertain et une justice constitutionnelle qui risquent fort de lui donner du fil à retordre comme à Donald Trump aux Etats-Unis, mais de plus sa méthodologie plébiscitaire et référendaire, d’inspiration gaulliste et bonapartiste, repose sur la vision populaire de la souveraineté. C’est-à-dire que si referendum il y avait sur l’Europe et sur l’euro, et qu’il était perdu, au nom de cette vision la candidate n’aurait plus qu’à remballer ses convictions et à présider contre icelles. Je suis, au contraire, de ceux qui croient qu’il existe certaines vérités sur le compte de la France qui ne peuvent pas être sujettes à débat, mais l’engagement républicain est nécessairement ce qui piège la droite depuis la Révolution, le combat de celle-ci conduisant à jouer le rôle de l’assiégé. Le fait de parler au peuple n’est certes pas indigne en soi, au contraire, mais ce bonapartisme républicain risque fort de se retourner contre ses propres espérances à cause d’une opinion énormément divisée et tristement versatile – comme quand le non l’a emporté au referendum sur la constitution européenne de 2005, avant de voir l’élection de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, deux présidents aux politiques pourtant contraires à ce résultat. Il n’est pour autant pas question de nier, au-delà de la perspective idéologique, la difficulté pratique de la candidate Le Pen que l’on verrait mal mettre en place un tel programme par ordonnances et à grands coups de 49.3 comme compte le faire Emmanuel Macron en d’autres occasions, peut-être avec son ancien rival Manuel Valls, spécialiste en la matière. Le royalisme français lui-même, et le légitimisme en particulier, s’il ne doute pas de ses principes et de sa tradition en eux-mêmes relativement à la vérité de la France, est bien en peine de les communiquer au peuple vivant sur les terres de l’ancien royaume de France, tant et si bien que finalement l’héritier des rois de France Louis de Bourbon en vient dans ses déclarations à se dire prêt à assumer le titre de roi de France si les Français y sont prêts eux aussi. Il existe en cela une cohérence historique et un souvenir de ce qui aurait dû être fait lors des derniers règnes des Bourbons ; c’est bien une partie de la noblesse et de la noblesse de robe en particulier (les ancêtres de ces juges qui ont éliminé François Fillon, pour qui je n’ai guère de peine au vu de son appel empressé à voter Macron), en sus de l’activisme de la bourgeoisie et des « philosophes », qui a empêché le roi de France de réformer la politique économique de la monarchie absolue au bénéfice du peuple, ne serait-ce qu’au niveau de l’impôt. Tant et si bien que la grande bourgeoisie, dans laquelle s’est fondue tout à son aise la noblesse traîtresse, a fait la Révolution au nom d’un peuple pris en otage puis l’a exploité sous le couvert de cet orléanisme affairiste qui s’est perpétué jusqu’à Macron qui l’incarne si bien.

En tous les cas, s’il faut accorder quelque point à Emmanuel Macron, c’est bien d’avoir écrit, comme je l’ai déjà rappelé ci-dessus, que la France ne s’était jamais remise de la perte du roi comme père, parce que cela avait – et c’est moi qui conclus cela – relativisé à jamais la notion de souveraineté en France. Mais il ne suffit pas de parler de royalisme pour être royaliste ou s’en approcher, ce que l’on voit bien avec son soutien Stéphane Bern, dont l’orléanisme dynastique de jeunesse s’est mué en orléanisme pratique : voilà bien la seule cohérence que l’on peut trouver dans ce camp à cet égard. Le cas de Marine Le Pen est plus clair, elle qui prend pour modèle un personnage historique comme le cardinal de Richelieu (nom que devrait recevoir un second porte-avions sous sa présidence) sans vouloir autre chose que les institutions de la Ve République au nom de la synthèse de l’histoire de France propre au courant bonapartiste et gaulliste. J’avais, il y a quelques années, écrit un court article de doctrine s’intéressant à la classification des droites historiques, et hiérarchisant trois approches : l’histoire légitimiste se basant sur une définition capétienne de la France de Clovis jusqu’à la Révolution ; l’histoire bonapartiste (et orléaniste si on utilise le mot du côté plus nationaliste de l’Action française) regroupant les héritages monarchiques et républicains ; l’histoire strictement républicaine pour qui la France n’existe ou n’est à considérer que depuis 1789 voire 1793 dans le pire des cas. Marine Le Pen et le Front national ne me semblent pas se résumer au régime de Vichy et au maréchal Pétain comme certains aimeraient le faire croire, mais bien plutôt participer de la vision de l’histoire bonapartiste, celle qui devrait d’ailleurs logiquement prédominer dans une Ve république respectueuse de sa vocation de synthèse. C’est d’ailleurs ce que l’on devrait retrouver dans l’école qui devrait à nouveau transmettre cette histoire sans idéologie d’extrême gauche et mise en avant du communautarisme, quand on s’efforce aujourd’hui de bannir des programmes tout ce qui sentirait un peu trop la « France d’avant » ou les racines. De même, si la conception de la laïcité implique une mise à égalité des religions avec laquelle un légitimiste ne peut s’accorder, quand le roi de France est sacré et le catholicisme religion d’État (nous parlons d’un catholicisme traditionnel et non du catholicisme libéral et révolutionnaire prédominant, hélas, de nos jours, même si l’Église s’est abstenue de consigne de vote pour l’instant), Marine Le Pen laisse ouverte la perspective de la protection au moins culturelle de l’héritage chrétien, alors qu’elle est aussi la seule à remettre en cause le mariage pour tous de Christiane Taubira. Emmanuel Macron, lui, est désormais soutenu par les institutions juives et musulmanes de France et ira sans nul doute encore plus loin que François Hollande dans la destruction de la notion de la famille, cette cellule de base de la société comme l’écrivait Honoré de Balzac, et dans la promotion de l’individu déraciné et désincarné. Relativement aux trois manières de voir l’histoire de France que j’ai évoquées ci-dessus, il m’est du reste difficile de le classer. S’il ne correspond absolument pas aux visions légitimiste et bonapartiste, je ne suis même pas sûr qu’il puisse s’inscrire dans la vision républicaine, tant on a l’impression qu’avec Macron, il n’existe même plus d’histoire de France tout court, mais seulement un horizon européen eschatologique et une notion de performance économique, comme si l’homme n’était qu’un corps sans âme, ni mémoire, comme notre pays une entité sans passé ni identité. La France aurait donc fait son temps, même la régence qu’est la Ve république. « Je m’en vais, mais l’État demeurera toujours », aurait dit Louis XIV peu avant sa mort. Pour combien de temps encore ?

jeudi 23 février 2017 | By: Mickaelus

Louis de Bourbon, duc d'Anjou : de la sépulture du roi Charles X

Secrétariat de Monseigneur le Duc d'Anjou


Déclaration sur la sépulture du Roi Charles X


J’ai souhaité solenniser le 180e anniversaire de la mort du Roi Charles X, mort à Gorizia, le 6 novembre 1836, en venant me recueillir sur son tombeau.

Le dernier roi légitime de France est mort en exil et il repose dans le Couvent des Franciscains de la Castagnavizza en Slovénie dans lequel une crypte a été aménagée pour recevoir la dépouille des Bourbons accueillis dans ce qui était alors un territoire de l’Empire Austro-Hongrois.

A plusieurs reprises a été soulevée la question d’un éventuel transfert de la royale dépouille en France pour être placée dans la nécropole de Saint-Denis où reposent presque tous les rois. Mon père, lui-même, le Prince Alphonse duc d’Anjou et de Cadix, en venant à Gorizia-Nova Gorica en 1986, avait pu l’évoquer et il s’était rapproché des différentes autorités religieuses et politiques. Le contexte était alors très différent puisque le rideau de fer d’alors faisait qu’à l’exil s’ajoutaient des difficultés de déplacement dans ce qui était la Yougoslavie. Avec 1989 un double changement est intervenu. Tout d’abord par le décès de mon père, je me trouvais nouveau Chef de la Maison de Bourbon étant âgé à peine de 15 ans. La question Charles X ne pouvait pas être dans les premières que j’avais à résoudre. Ensuite la chute du mur de Berlin puis l’indépendance de la Slovénie, précédant son entrée dans la Communauté européenne, étaient autant d’évènements qui modifiaient la donne politique. Il n’était dès lors plus question de transfert des dépouilles des Bourbons puisqu’elles étaient accessibles par tous ceux qui voulaient venir s’y recueillir.

Il y a quelques temps des initiatives privées, associatives, animées sans doute par de louables sentiments, ont ré-ouvert le débat. Initiatives extérieures à la famille de Bourbon même si certains membres ont été approchés et ont parfois montré leur intérêt individuel. Sollicité, comme aîné et chef de la Maison de Bourbon, et donc premier à pouvoir m’engager, j’étais resté sur une prudente réserve. Il me semblait, en effet, que l’ensemble des questions que pouvait soulever un tel transfert n’était pas vraiment étudié. Il y avait notamment deux grands absents : le Couvent des Franciscains qui depuis cent quatre-vingt ans garde et protège les dépouilles des Bourbons et d’autre part les Villes de Nova Gorica et de Gorizia qui, depuis la même époque, sont fidèles à cette page où leur histoire et celle de la France ont été confondues. La moindre des choses est toujours de rencontrer toutes les parties. Mon voyage est l’occasion de telles rencontres.

Ainsi, bien évidemment, sans préjuger de l‘avenir qui ne nous appartient pas et de circonstances extérieures, actuellement trois arguments vont à l’encontre d’un retour des cendres de Charles X en France :

  • Un argument historique. Charles X est mort en exil en 1836 et le Gouvernement alors en place n’a pas cherché à faire revenir sa dépouille, préférant faire revenir celle de l’empereur Napoléon 1er, en décembre 1840… Ce transfert ne pourrait, en effet, avoir qu’un objectif de réconciliation. Un retour sans ce mobile n’a pas vraiment de sens. Le rapatriement du corps d’un souverain est un acte national, non celui de quelques nostalgiques. Ajoutons que le retour d’un souverain est, par nature, un acte public qui doit engager le pays au plus haut niveau. La dépouille doit être accompagnée par les armées, le gouvernement en place doit être présent, etc... Seul l’État peut en décider.
  • Un argument factuel : la crypte des Bourbons telle qu’elle existe actuellement dans le Couvent de la Castagnavizza n’est pas une sépulture du hasard, même si à l’origine il n’y avait pas de plan clairement défini et si le roi a été déposé dans un caveau déjà existant mis à disposition par une famille princière locale. La volonté d’avoir un lieu de sépulture spécifique et surtout pérenne a été manifestée par le comte de Chambord, chef de la Maison de Bourbon. Il a souhaité organiser les sépultures de ses proches déjà décédés ainsi que de lui-même et de son épouse. Une crypte a été aménagée à sa demande expresse au début des années 1880 pour recevoir les cercueils. L’emplacement a été spécialement choisi sous le chœur de la chapelle. Cela traduit le souhait d’avoir un second lieu de sépulture officiel autre que Saint-Denis pour marquer l’exil. La restauration de la royauté en France n’étant pas à l’ordre du jour, le retour des cendres ne peut pas l’être non plus puisque la monarchie est toujours dans une sorte d’exil. La question n’est donc pas actuelle et admettre le retour serait admettre la fin de l’espoir en une Restauration. Mais elle demeure une question familiale qui est du ressort du Chef de Maison.
  • Un argument d’opportunité. À une époque où l’Europe cherche un second souffle, il faut maintenir les symboles forts qui forgent son unité et son identité. Les nécropoles royales en font partie et, en ce sens, la Castagnavizza a toute sa place dans le « réseau » constitué de Westminster, l’Escorial, les Capucins à Wien, et bien évidemment Saint-Denis. À cela s’ajoute le rôle culturel d’une telle nécropole qui renforce les liens entre la France et la Slovénie.


Ainsi compte tenu de tous ces éléments, il ne parait pas souhaitable d’envisager actuellement un quelconque transfert d’un ou plusieurs cercueils reposant dans le couvent des Franciscains de Novo-Gorica.

Que saint Louis et saint François veillent sur les Bourbons.


Fait à Nova-Gorica-Gorizia le 19 février 2017

Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou


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Visite de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon 
au Couvent de la Castagnavizza 
Dimanche 19 février 2017


Mon Père,

C’est une grande émotion pour moi de pouvoir me rendre au couvent de la Castagnavizza, en cette année où est commémoré le 180ème anniversaire de la mort du Roi Charles X, dans la ville de Gorizia. Émotion d’avoir pu assister à la messe dans cette chapelle dans laquelle la mémoire des Bourbons est si souvent évoquée.

Depuis près de deux siècles votre couvent est le gardien fidèle de cette dépouille royale qui fut au cours des années rejointes par celles des autres princes et princesses Bourbons morts en exil.

Cette crypte aménagée il y a un peu plus de cent ans reçoit régulièrement la visite de nombreux pèlerins venus de France et d’ailleurs. Chaque fois vous consacrez du temps pour les accueillir en remplissant ce devoir sacré qui est dû aux morts et à leur souvenir. Pour cela, comme Chef de Maison, je vous dis, un grand merci.

Ces remerciements s’adressent à toute votre communauté des moines Franciscains. En France les Franciscains sont très appréciés et nous savons l’importance de leur action depuis leur implantation dans le royaume des Lys sous le règne du Roi Saint Louis.

La crypte de la Castagnavizza est un des lieux importants de notre famille. Il y a une dizaine d’années l’Institut de la Maison de Bourbon avait contribué à d’urgents travaux d’entretien que le temps avaient rendu nécessaires. Ma présence ici, aujourd’hui, souligne l’intérêt porté par ma famille à cette seconde nécropole royale des Bourbons.

Que les Bourbons demeurent encore longtemps sous votre bonne garde et vos prières.

Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou


Source : page "la Mémoire" du site de l'Institut de la Maison de Bourbon