mercredi 6 décembre 2006 | By: Mickaelus

Cugand













Voici une page consacrée à la petite ville vendéenne où j'ai toujours vécu - ou presque. Voici tout d'abord un peu d'histoire qui fait s'inscrire ce petit bout de France dans des événements plus larges, notamment les guerres de Vendée qui ne l'ont pas plus épargnée que les villes voisines. Hommage soit donc rendu aux victimes de la république et de ses colonnes infernales !

I) Les origines

Si on en croit la signification de Cugand - de cocut ou cucut adjectif dérivé du pré-indo-européen cucc (hauteur arrondie) probablement avec le breton gwenn (blanc) - l'occupation du site commence avant la venue des romains. Il s'agissait des Pictons, tribu gauloise, qui combattirent vaillamment les légionnaires de César.

D'après Grégoire de Tours, historien du VI siècle, Conan Mériadec obtint du tyran Maxime, le pays qu'il venait de conquérir avec le titre de roi. Ce pays était l'Armorique ou la Bretagne. Maxime ayant été tué dans la bataille auprès d'Aquilée en 391, Conan reconnut Théodose comme empereur. Il porta la guerre dans l'Aquitaine, il se rendit maître du pays de Retz en 405, il secoua le joug des romains en 410. Pour enrayer les incursions dévastatrices bretons, l'empereur Honorius fit construire des fortifications appelées "mur d'Honorius" qui consistaient en des tours dont la base était de pierres et les étages de bois et où sont aujourd'hui les communes de Cugand, Gétigné, Boussay, Clisson, Bois de Céné, Légé, Saint Etienne du Bois et Tiffauges.

Pour dédommager les habitants de notre région, de l'ennui de ces garnisons et des incursions des gens de guerre, il fut accordé à ceux-ci certains privilèges. Ce serait l'origine des Marches de Bretagne.

De ces temps anciens, il ne resterait que peu de vestiges : les piles d'un pont au fond de la Sèvre au Bas-Noyer (voie romaine de Durivum (Saint Georges de Montaigu) à Angers) et des dalles dans une ferme à l'Ambenière (voie romaine de Durivum à Clichio (Clisson)).




II) Les Marches de Bretagne et de Poitou

A l'origine, certainement plus cohérentes, les marches communes de Bretagne et de Poitou se scindaient au XV siècle en plusieurs morceaux. A l'est, entre Clisson et Tiffauges, se trouvaient les Hautes Marches qui comprenaient les quatre paroisses de Gétigné, Boussay, Cugand et la Bruffière, lesquelles dépendaient simultanément des seigneuries de Tiffauges (Poitou) et Clisson (Bretagne) pour le temporel et pour le spirituel Cugand et Gétigné dépendaient du diocèse de Nantes et Boussay et la Bruffière de celui de Luçon.

Cette zone jouissait de privilèges particuliers, confirmés successivement par les ducs de Bretagne puis par les rois de France. Ainsi, Jean V, duc de Bretagne, reconnut par une charte du 3 septembre 1431, l'antiquité des franchises et privilèges des Marches :

"Jehan (…). A noz senneschal, alloué et procureur de Nantes (…) salut. Venuz sont par devers nous pluseurs des manans et habitans en la marche ancienne (…) complaignans humblement et expousans comme de touz temps ils aient acoustumé estre et demorez francs et exempts de touz fouages, aydes, subcides, quetz, gardes, subvencions ou imposicions quelconques, par ce qu'ilz sont en marche commune de Bretagne et de Poictou, qui est en celle exempcion et previlège, sens ce qu'il soit licite à l'une seignorie riens impouser de charge nouvelle esd. marches, sans l'assentement de l'autre, et furent les chouses ainsi introduites anciennement, ad ce que lesd. marches communes peussent demeurer habitées et fréquentées (…)."

Puis, par ordonnance du roi Louis XIII, datée du 8 juin 1639, les habitants des Marches durent payer une taxe pour se maintenir dans leur privilèges. Celle-ci sera acquittée en 1642, 1651, 1661, 1678, 1681, 1704 et en 1762.

Lors des états généraux de 1789, fait unique en France, les trois ordres (noblesse, clergé et tiers-états) rédigèrent ensemble leurs doléances : conserver les privilèges des Marches. Ce que la Convention refusera.




III) La révolution

L'abolition des privilèges, le 4 août 1789, souleva l'indignation générale : la population de Cugand se réunit pour protester. Ensuite, la constitution civile du clergé, le 12 juillet 1790, et la levée en masse de 300 000 hommes décrétée par la Convention, déclenchaient le début des guerres de Vendée dans la région. Le recteur Le Bastard refusant de prêter serment, se réfugia dans la clandestinité.

Tout débuta le 11 mars 1793, quand 4000 paysans des paroisses environnantes marchèrent sur Clisson. Sous la conduite de Belorde de la Grenotière, la garde nationale se porta sur Cugand, faisant 16 prisonniers et un autre détachement plusieurs morts sur Gétigné. Malgré les renforts venus de Nantes, sous l'impulsion de la prise de Cholet, le 14 mars, les insurgés prirent Clisson et s'emparèrent de Vertou le 18. M. de Vieux, seigneur du Pin Sauvage était le commandant général de ce rassemblement.

Le 16 septembre, les troupes républicaines arrivèrent à Clisson. Au cours de cette bataille, les insurgés battant retraite furent repousser au combat par leurs femmes qui les traitaient de poltrons et de couards, les républicains furent finalement battus à Torfou le 19. Devant l'impossibilité de vaincre, la République créa 12 colonnes infernales charger de tuer et de brûler tout ce qui se trouve sur leur passage. L'une d'elles fera plusieurs passages à Cugand dont un le 10 juin 1794. Durant cette période, on estime qu'environ 200 cugandais périrent. En 1789, Cugand comprenait environ 1800 habitants.

Outre cette guerre, la Révolution a apporté d'autres changements. Ainsi, par la loi du 15 janvier 1790, les départements et les communes virent le jour. Dans ce découpage, Cugand se retrouve en Vendée ce qui n'était pas du goût des habitants. Ils rédigèrent une réclamation à l'adresse du Procureur Général Syndic demandant à être réunis au district de Clisson, le 10 juillet 1790. Si au départ, celui-ci sembla favorable au projet, il se rallia au point de vue de l'abbé Richard de la Vergne, député des Marches et originaires de Boussay, pour maintenir Cugand en Vendée.




IV) L'industrialisation de la Sèvre

Cugand étant dans les Marches de Bretagne et de Poitou, les habitants jouissaient de certains privilèges. Pour tirer le meilleur parti de leurs exemptions très favorables aux échanges commerciaux (les marchandises voyageant sans taxes), ils multiplièrent moulins et manufactures dans la vallée de la Sèvre. Aux anciens moulins à blé et à seigle, ils ajoutèrent des moulins à tan, à foulon, à papier dans lesquels la force hydraulique permettait une mécanisation partielle de la production. Dans le même temps, alors que le filage de la laine, du chanvre, du lin et, plus tard, du coton était assuré par les femmes des villages travaillant à domicile, le tissage devint l'œuvre d'artisans spécialisés regroupés dans le bourg.

On situe généralement au XVI siècle, l'exploitation rationnelle des chaussées par les entreprises artisanales : on avance les dates de 1562 pour Hucheloup, 1587 pour la Doucinière, 1593 pour Antières, 1595 pour Fouques. Examinons les différents occupations des chaussées :

  • La Haute Doucinière : un moulin à blé (1686), un foulon
  • La Basse Doucinière : un moulin à blé (1586), un foulon puis une usine électrique (1915-1920)
  • Hucheloup : un moulin à blé (1522), un foulon (1562) puis une filature (1835-1985)
  • Bas-Hucheloup : un moulin à blé (1522) puis une tannerie (XIX siècle) et une chamoiserie
  • Fradet : un moulin à blé (1503 - 1900)
  • Antières : un moulin à blé (1430), un foulon (1593), une papeterie (1644-1934), une cartonnerie (1946-1960) puis une fabrique de caoutchouc et matières plastiques (depuis 1960)
  • Gaumier : un moulin à blé (1522), un foulon (1595-1957) et un tissage (1815-1957)
  • La Grenotière : un moulin à blé(1522), un foulon (1595) puis une tannerie
  • Fouques : un moulin à blé (1522), un foulon (1595) puis une forge (1776-1828) et une filature (1828-1960)
  • La Feuillée : un moulin à blé (1522), une papeterie (1680-1839), une filature et teinturerie (1839-1899), une tannerie (1899-1929), une chamoiserie (1929-1969) puis un studio de cinéma (depuis 1969)
  • Plessard : un moulin à blé (1634-1815) devenu minoterie (1815-1910), une usine électrique (1910), une tannerie transformée en gîtes ruraux.

Penchons-nous sur les deux principales activités : le papier et le tissage. Quel était, à cette époque, le procédé de fabrication du papier? L'eau de la Sèvre était indispensable à chacun des stades de la fabrication, sauf pour le séchage! L'eau passait par le pourrissoir des vieux chiffons, préalablement triés par les femmes. L'eau s'écoulait dans les lavoirs où on nettoyait les morceaux coupés, avant la transformation en pâte à papier sous l'action des moulins à maillets ou des moulins à cylindres. Le travail se faisait dans des cuves en bois revêtues intérieurement de plomb.

Quand on voulait utiliser cette pâte stockée dans les dépôts, on en revenait à l'eau de la Sèvre pour le délayage. Enfin, et c'était tout l'art du compagnon papetier; il fallait savoir tremper la forme (le moule, sorte de châssis garni de fils de laiton ou de cuivre) dans la pâte, l'égoutter, la passer à l'ouvrier coucheur qui la posait sur des feutres ou des cylindres garnis de laine. Restait à presser, à étendre, sécher et encoller, presser de nouveau et enfin étendre au soleil ou au séchoir avant de le lisser.

Au bord de la sèvre à Gaumier, il existe un ancien moulin à foulon dont la survivance est miraculeuse. Il donne un exemple étonnant de ce procédé à deux piles, jadis très commun et maintenant rarissime. Le battage hydraulique avec de lourds maillets frappant les draps de laine est une opération d'apprêt, complémentaire du filage, du tissu et de la teinturerie. Il a pour objet de dégraisser, de réduire et de donner du liant, voire de satiner les étoffes appelées tiretaines ou kalmouks, selon les dimensions. Opération très délicate, prolongée plusieurs heures, de nuit comme de jour et physiquement très éprouvante, pour qui le pratique. Les étoffes étaient ensuite séchées sur un pré voisin sur un fil.

Tout au long du XIX siècle, Cugand fut la commune de Vendée la plus industrialisée. La fermeture de la dernière filature, en 1985, mit fin aux activités sur les bords de Sèvre et à une aventure commencée au XVII siècle. Aujourd'hui, il ne reste que quelques ruines et une Mutualité, réunion des deux sociétés mutualistes de la commune, l'une fondée en 1841 (par les fileurs et première association du département) et l'autre en 1849 (par les papetiers et qui était la neuvième).

Source ou voir ici, notamment pour quelques ouvrages à consulter en fin de page, dont celui de Louis Delhommeau - Cugand, pages d'histoire - que j'ai lu avec grand plaisir. La mairie de Cugand a par ailleurs annoncé dans le bulletin communal il y a quelques temps déjà la préparation d'un nouvel ouvrage sur Cugand ; j'en parlerai en temps utile.

Pour terminer quelques photos anciennes de Cugand, sur ce site, sur lequel on peut les commander.